Mon livre : « Des mains et des lèvres »

Des mains et des lèvres a été écrit en 1979, un an après le premier stage organisé par Bernard Mottez et Harry Markowitz au Gallaudet College de Washington (USA en 1979). Il se voulait le témoignage de mon vécu afin d’éclairer davantage sur la situation de la personne sourde dans la société. La surdité, handicap invisible devait être rendue visible aux yeux des lecteurs.

Je fus encouragée dans ma démarche par le cinéaste François Truffaut qui me mit en rapport avec la directrice des éditions Flammarion, Thérèse de Saint Phalle et me suggéra même le titre « Des mains et des lèvres »

Malheureusement, alors que le contrat d’édition venait d’être signé, la nomination d’un nouveau directeur chez Flammarion vint bouleverser nos projets. Ce livre ayant comme thème la surdité ne trouverait pas un lectorat suffisant. Malgré le soutien de la Confédération Nationale des Sourds de France et de Gisèle Lillo, proviseur de l’INJS de Paris, le contrat fut annulé.

Entretemps François Truffaut décédait. Le manuscrit était destiné à l’oubli.

Depuis de profonds changements sont intervenus dans la Communauté des Sourds. Les stages au Gallaudet College devenu depuis Gallaudet University ont accéléré le mouvement. Le Réveil sourd associé aux progrès de la technologie a bouleversé bien des vies.

En même temps, mes filles m’ont demandé de ressortir le manuscrit en me disant vouloir connaitre ma vie dans le monde des Sourds. Je me suis alors rendu compte que cette vie parallèle à la leur avait besoin d’être mise en évidence et de laisser des traces. C’est donc un retour vers le passé que j’ai entrepris.

En relisant le texte, écrit, je le rappelle, au moment où la surdité était méconnue, où le réveil sourd était en veilleuse, je m’aperçois que bien des termes utilisés à l’époque n’ont plus cours à commencer par le langage gestuel car la langue des signes ne sera officiellement reconnue qu’en 2005.

Exprimer notre moyen de communication privilégié avec l’espace m’a amenée à utiliser des verbes et expressions inédites comme par exemple gestuer ou des variantes dans les expressions telles que : ses mains me font, qui rendent compte de l’activité de signer avec les mains. Ensuite le verbe articuler est associé à la lecture sur les lèvres. Toute personne entendante qui parle à une personne sourde doit articuler pour se faire comprendre.

Le rythme du récit est volontairement lent. J’ai besoin de tout décrire, expliquer, raconter pour que la transmission de l’information soit la plus complète et la plus fidèle possible. Le lecteur va entrer dans un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence. Le silence est riche de communication, ce qui est paradoxal. Il ressentira la joie de vivre présente à chaque page avec ce plus : celui de vivre autrement et de bien le vivre ! Une belle expérience !

Françoise Chastel

Des mains et des lèvres a été écrit en 1979